Goma : des cimetières devenus des lieux des jeux et travail pour nombreux enfants, quid sur les causes et conséquences ?

Goma : des cimetières devenus des lieux des jeux et travail pour nombreux enfants, quid sur les causes et conséquences ?

Nombreux enfants en ville de Goma, ne sont pas encadrés. Ils errent dans les rues, à la merci de tous les risques. En conséquence, ils sont dans des bandes d’individus sans moralité, et sans aucun espoir pour l’avenir.

Pour survivre, nombreux parmi eux passent des journées dans des poubelles, à la recherche des bouteilles, des tranches de fer dits Bichuma, qu’ils revendent en contrepartie de ce à partir de quoi ils se payent de quoi manger pour les uns et participer à la subvention de leurs familles respectives pour les autres.

En outre, une autre catégorie d’enfants sont dans des cimetières. Constat de John TSONGO, Journaliste intéressé par des questions des enfants, très présents dans le cimetière de Joli bois Ngabiro, situé au Nord-Est de la ville de Goma à la limite entre le Rwanda et la RDC.

Que font ces enfants dans les cimetières ?

Ils y sont pour 4 principales tâches : guider ceux qui cherchent des parcelles où enterrer les leurs, participer au remblayage de la tombe après enterrement, arranger la tombe et planter des fleurs, entretenir les tombes des défunts et en fin assurer la sécurité et guider les véhicules à la gare du cimetière ou servir de guide aux conducteurs en cas de manœuvre.

Hostiles à parler de cette situation aux journalistes, ces enfants taxent les interviews, du moins pour les rares qui osent de courir le risque. Dans ce contexte, nous nous sommes entretenus avec l’un d’eux, qui a préféré garder l’anonymat et qui a tout de même refusé que nous lui capturions photo. Nous lui avons attribué le nom de Gabriel.

Qui bénéficient du service de ces enfants ?

Nombreux reconnaissent bénéficier du service de ces enfants. Rencontrée par hasard au centre-ville de Goma, Dorcas nous a témoignage que la tombe de sa tante est toujours gardée entretenue grâce à ces enfants. « C’est vrai ! Il y a des enfants qui travaillent au cimetière à longueur de journée. Personnellement, j’en suis témoins. La tombe de ma tante est entretenue par ces enfants. Ils sont crédibles envers qui leur est crédible. Si tu les paies, ils entretiennent et ne permettent que personne profane la tombe de ton proche. Mais quand tu leur fais le contraire, ils sont les premiers à la profaner et la laisser envahir par l’herbe et tout autre obstacle de tout genre. Je pense que ce n’est pas bon pour ces enfants de passer tous leurs temps au cimetière. Je pense que cela ne peut pas rester sans conséquences…», allègue Dorcas.

Enfants travailleurs dans les cimetières,… pour quelles raisons ?

Agé de 12 ans et entourés de ses coéquipiers dont l’âge varierait entre 6 et 15 ans, Gabriel nous chuchote les raisons pour lesquelles il travaille au cimetière. « Suis le deuxième enfant dans une famille de 5 enfants. Mon père arrive à la maison rarement, je ne sais exactement son vrai boulot. Ici au cimetière, je participe à plusieurs travaux. Et le peu que je gagne, j’apporte soit à ma mère, soit à mes amis on achète de la nourriture pour survivre…». Nous a-t-il raconté.

Comment gagnent-ils leur argent ?

Ce travail exercé quotidiennement au cimetière, est rémunéré au prorata, selon la volonté et la générosité de celui ou celle à qui il est rendu « En réalité nous ne gagnons pas de façon régulière. Tout ce que nous recevons comme argent, vient des dons de ceux qui reconnaissent le travail que nous leur rendons. Et là, on peut se retrouver avec 5000 FC, 3000 FC, voire plus, selon le nombre de personnes à enterrer et selon la générosité de ceux qui viennent ensevelir journalièrement les leurs… parce qu’il y a des patrons qui peuvent vous donner même 5 ou 10 dollars, juste après l’avoir aidé à veiller sur son véhicule ou justement après l’avoir orienté en faisant la manœuvre… » Nous explique Gabriel. « En dehors de l’argent, nous pouvons avoir également du bois de chauffage à partir des villes croix ramassées au cimetière. Nous nous en serons pour cuisiner à la maison… ». Poursuit-il.

Travailler au cimetière… par gré ou contrainte ?

Errer sur les rues pour les enfants de la rue, tout comme travailler au cimetière, c’est par contrainte pour la plupart et de gré pour une minorité. Dans une étude-reportage que nous avons réalisée en 2021 sur les raisons de la présence des enfants de la rue dans la rue, certains nous ont relaté qu’ils fouillaient les conditions difficiles aux seins de leurs, et d’autres, ont avoué être gênées de fréquenter les cours et qu’ils se sentaient bien dans la rue qu’ailleurs, car recherchant de l’argent.

A quand remonte cette pratique ?

« En ce qui concerne le travail des enfants dans les cimetières, je confirme que ça date depuis longtemps.  Je me souviens, quand nous allions inhumer nos très chers au cimetière de l’ITIG (Institut des Techniques Industrielles de Goma), nous y trouvions des enfants en train d’arracher des herbes derrière les tombes et d’autres y jouaient le ballon, et nous on avait jamais compris comment ces enfants pouvaient s’amuser de la sorte au cimetière. Mais en les observant, on comprenait que c’étaient des enfants délaissés par leurs familles… » Nous a raconté Jonas Badera SABUNI, parent quadragénaire, habitant de Goma. Curieusement, en dehors de ces taches ci-haut décrites, ces enfants s’occupaient de la garde des véhicules de ceux qui venaient enterrer, poursuit Jonas. « En arrivant au cimetière, ces enfants, ces enfants venaient auprès des propriétaires des véhicules et leur disaient ‘’nda chunga hii gari, nda chunga hii gari,…’’ entendez : c’est moi qui vais garder ce véhicule ! Et au retour, le propriétaire du véhicule donnait 10 FC à l’époque, aujourd’hui c’est l’équivalent de de 1000 FC. Et sous ce rythme, les enfants étaient toujours là, en train de jouer avec des cranes et des ossements des défunts. Nous apprenions que certains dormaient même là-bas » poursuit-il.

Une aide devenue un élément amplificateur ?

Alors que le phénomène s’amplifiait, la situation attirait plus l’attention des bonnes volontés. C’est dans ce contexte qu’un prêtre religieux, de la congrégation des salésiens de Don Bosco, prenait l’initiative de rassembler ces enfants  abandonnés pour leur fournir un apprentissage technique à Ngangi. Mais hélas, certains parents ont commencé à encourager leurs enfants d’aller jouer au cimetière, de se faire récupérer par ce père salésien.

Le quotidien des enfants dans les cimetières,… Pour quelles origines ?

Tout comme le témoignage de Gabriel ci-haut, Jonas Badera situe à trois niveaux, les origines des enfants dans les cimetières : d’abord l’irresponsabilité des parents, qui le plus souvent, ne savent pas prendre correctement en charge leurs enfants. Ensuite, la méchanceté de plusieurs parents, qui le plus souvent, infligent des punitions très dures à leurs enfants si bien qu’ils se trouvent mieux en dehors qu’en famille et enfin, la dislocation des liens nuptiaux par les divorces.

Ainsi, des enfants non scolarisés, des enfants non encadrés, des enfants punis sévèrement dans leurs familles,… ont plus de chance d’errer dans les rues et / ou dans des cimetières, soit dans des commerces de rue, à la merci des toutes les intempéries de la cité.

Des enfants dans les cimetières,… face au traumatisme spirituel, sanitaire et culturel ?

Culturellement, spirituellement et sanitairement parlant, ces enfants dont le séjour prolongé au cimetière fait maintenant partie du quotidien, sont vraiment affectés.

Sur le plan culturel

Le journaliste Wema MUHINDO Kennedy pense qu’ils violent le sacré et qu’ils sont exposés à une perturbation de la conscience et un déséquilibre  d’esprit. « Quand les enfant commencent à travailler au cimetière, c’est dire  que ces enfants n’ont pas une bonne éducation dans leurs familles d’origines. Soit ils sont délaissés, soit ils y sont envoyés et il y a quelqu’un qui tire des dividendes de ce travail. Des enfants bien encadrés et éduqués, ne peuvent pas s’amuser au cimetière. Et ces enfants n’ont pas un avenir assuré et naturellement ils seront déséquilibrés dans la société. »

Par ailleurs, se référant à sa culture Yira (Nande) dans le contexte du respect des principes sacrés selon la tradition Africaine surtout le respect aux morts, Wema indique que « les enfants ne sont pas associés aux rituels de la mort. Alors, le fait que ces enfants s’amusent au village des morts (cimetière), ils violent déjà les principes culturels du respect aux morts… » Mais KENNEDY pense que le principe du respect aux morts n’est pas universel. Il est souvent influencé par les ethnies et les tribus. «  Vous savez, il y a des peuples pour qui la mort ne représente pas beaucoup de choses. Mais dans notre culture (Yira), la mort c’est quelque chose qui surpasse l’entendement des enfants. Et quand nous fumes des enfants,   et que quelqu’un mourait, on nous interdisait d’aller voir les morts. Et quand passaient ceux qui transportaient le cadavre, on nous enfermait dans la maison….» fait-il savoir.

Sur le plan spirituel et psychique

Le psychoclinicien Semu SIKULI MWENGE Vincent, convainc pour sa part que, le travail au cimetière ne convient pas. « Quand les enfants passent toute une journée au cimetière, allez-y comprendre que les conséquences psycho-sociales ne doivent jamais manquer. Et parmi ces conséquences l’on note une maladie mentale grave l’état post-traumatique, caractérisé par la reviviscence… », Pense Vincent. Outre cela, Vincent ajoute que « pour certaines personnes, pour certains enfants, le fait de regarder un cadavre, cette image reste. Et pour que ça puisse s’effacer de son cerveau, ça prend suffisamment du temps et ça peut même prendre une durée de 6 mois. Et ces images restent, elles reviennent et cela surtout la nuit. Vous trouvez un enfant qui dors et qui est et qui est en train de revivre ce qui s’est passé la journée.  Pour d’autres, cela se traduit par le cauchemar. Pour d’autres, ils vont développer l’agressivité. Vous les trouverez en train de se battre en usant d’un esprit de sadisme : le fait de faire souffrir les autres sans aucune pitié. D’autres encore font preuve des flashs back, la méfiance, les insomnies, ce sont des symptômes que présentent ces enfants…».

Sur le plan social

« Ces enfants qui passent des longs moments dans les cimetières, se livrent souvent à la consommation des substances psychoactives. Tout le temps qu’ils sont là, ils se livrent à la consommation des drogues. Et là au cimetière, ils trouvent beaucoup de plantes et tout cela présente des répercutions très graves sur la santé psychosociale de ces enfants. Et la plupart de ces enfants, vous les trouverez toujours tristes, même en jouant avec les autres, vous trouvez qu’ils ne sont pas de bonne humeur… Et ces répercutions peuvent être à long terme » poursuit Vincent.

Sur le plan sanitaire

« Après le décès, il y a un très grand risque bactériologique et chimique. Il y a des problèmes qui apparaissent immédiatement et cela est lié la contamination due à cette putréfaction. Et cette putréfaction charnelle va jusqu’à entrainer une multiplication qui se dégage sous forme de gaz chimique et ça affecte les personnes qui ne se protègent pas. Voilà pourquoi les cadavres doivent être bien gardés à la morgue et ceux qui sont doivent être bien protégés. Mais aussi dans l’enterrement, l’on utilise le cercueil et on enterre un corps à une profondeur considérable. Et dans le même ordre d’idée, il est conseillé que le cimetière soit placé très loin des habitations. Car lors de la putréfaction des corps, il y a un gaz nocif à la respiration qui se dégage et qui affecte directement les êtres humains… », Explique le Docteur Isaac MUGISHO, médecin directeur de l’hôpital général de Katoyi, en territoire de Masisi.

Dans une étude intitulée « La pollution par les cimetières urbains, Pratiques funéraires et discours médical à Lyon » menée par  Olivier Zeller et publié en 1777 sur cairn.info, l’évidence a été établie que de nombreuses pathologies peuvent résulter du contact et de l’inhalation de miasmes (émanations malsaines provenant essentiellement des substances organiques en décomposition dégagés lors de la décomposition des cadavres :

« Si l’air infecté est appliqué à l’organe de la peau, il y produira des constrictions spasmodiques, des frissons altérés de chaleur d’où s’ensuivra la fièvre. Si cet air pénètre dans les vaisseaux du poumon, il troublera la respiration (…) et la mort s’ensuivra », fait constater cette étude.

La même étude qui cite cette fois-ci les scientifiques Brac et La Bruyère qui eux aussi se referaient aux travaux de Ramazzini, note que les fossoyeurs « étaient sujets aux fièvres malignes, aux morts subites, à la cachexie, à l’hydropisie, et au catharre suffocant ».

Par ailleurs, les travaux de mémoire du professeur Haguenot de la faculté de de Montpellier, dont la publication intervint en 1746 rapportaient que « des pénitents de Lyon avaient été tués par des émanations cadavéreuses dans l’église Notre-Dame ».

En outre, l’eau était présentée comme un « dissolvant, et les miasmes peuvent se communiquer aisément aux puits qui sont dans le voisinage des cimetières et même à ceux qui en sont assez éloignés, surtout à Lyon ou le terrain qui les sépare est communément formé par des terres rapportées à travers desquelles les eaux peuvent filtrer aisément ».

Toutes ces vérités mises en évidence, il est donc sans nul doute opportun de conclure de conclure que les enfants errant tous les temps dans les cimetières, sont exposés aux genres de catastrophes ci-haut décrites. D’où, des précautions, qu’elles soient de nature à empêcher le séjour des enfants dans les cimetières ou de nature à éloigner l’implantation des cimetières des lieux d’habitation s’imposent et doivent préoccuper les services de l’urbanisme.

Des générations sans espoir,… Comment les racheter ?

Des problèmes invoqués en amont dans cette étude, sont aussi à l’inverse, des solutions. Ces solutions peuvent être échelonnées et catégorisées selon les acteurs intervenant dans le secteur de la protection et de la promotion des droits des enfants.

Au niveau familial

Notre interlocuteur Jonas BADERA estime qu’avant tout, il est de la responsabilité des parents de veiller sur le bien-être de leurs enfants. Les querelles inutiles dans les foyers, les divorces et dislocations,… font des enfants victimes collatéraux alors qu’ils ne sont ni de loin ni de près impliqués dans les crises conjugales. Il y a lieu de définir des mécanismes radieux de régler des différends au niveau des foyers, soutient-il.

S’agissant en outre de la nature des sanctions des sanctions et des réprimandes à infliger aux enfants, Jonas estime que les parents doivent mettre un bémol dans leur méchanceté envers les enfants, sinon, face aux enfants délinquants nés de ces genres d’effets, l’Etat n’aura qu’une société des jeunes dépourvus des mœurs pour vivre.

En outre, Vincent pense lui que, vu le fait pour plusieurs enfants de nourrir des envies loin de la hauteur des capacités des parents pour être assouvies, les prédispose à des écuries dépravatrices des mœurs. Il vaut donc mieux d’adapter les besoins et les envies aux revenus.

Au niveau Etatique

« Ce n’est pas aux enfants d’aller étudier le cours d’anatomie dans les cimetières par la manipulation des cranes et ossements des morts…» opine ce psychoclinicien. Pour lui, l’Etat doit prendre des mesures drastiques et contraignantes pour encadrer ces enfants sur qui repose l’avenir de toute nation. Leur scolarisation, leur inscription dans des centres de formation socio-professionnelle,… est une mesure salutaire pour l’avenir de ces enfants. Ce même avis partagé par le Docteur Mugisho, est d’autant plus rassurant pour peu qu’il permet à ces enfants d’avoir une valeur ajoutée pour leur avenir radieux. Le Docteur plaide en revanche pour la délocalisation des cimetières vers des lieux lointains des habitations, mais aussi de les sécuriser par des clôtures.

En somme, il vaut mieux que la problématique d’enfants non encadrée soit attaquée avec une sérosité maximale. Partant d’abord du planning l’Etat devait définir le nombre de naissances à faire par parent selon ses revenus moyens. Cela permettrait des naissances de trop qui risquent de peser sur son économie et la qualité des citoyens à avoir pour bâtir un pays émergent. L’Etat devrait tout de même voir comment à partir des statistiques établies à partir des bureaux de l’Etat civil,  définir une politique d’encadrement des enfants selon les prochaines priorités de la République.

Que fait la division du genre, famille et enfant ?  

Alors que nous cherchions à contacter la division ‘’genre, famille et enfant’’ pour comprendre ce qui se passe autour de la protection des enfants, les responsables de ce bureau nous ont référé au bureau divisionnaire des affaires sociales, auprès de qui nous n’avons malheureusement pas pu décrocher l’entretien.

En agissant de la sorte, la division du genre famille et enfant a laissé convaincre qu’elle, ne s’occupe que de l’enfant vivant dans sa famille et que celui vivant en dehors de ce cadre familial est plutôt placé sous la responsabilité de la division des affaires sociales.

Toutefois, au bureau des affaires sociales, une source anonyme nous a soufflé je cite : « Ce n’est pas  que nous ne parlons pas de la vie des enfants de la rue et ceux qui errent çà et là sans encadrement. Nous en parlons souvent et ça nous préoccupe. Sauf que, pour implémenter toute une bonne vision que nous avons sur ces citoyens vulnérables, il nous faut toute une gamme de paramètres pour y arriver… Et ça ne va pas au gré de la parole… », Nous confiait il y a peu, cette source.

Relayant le ‘’rapport d’analyse de la situation des enfants de la rue en Afrique’’ publié en 2018, knowledge.uclga.org fait constater qu’ils sont plus de 30 millions, ces enfants qui errent dans les rues sans espoir d’avenir. A humanium.org de marteler dans une autre étude publiée en 2011, que les rues du monde renferment plus de 120 millions d’enfants dont 30 en Afrique, 30 autres en Asie et 60 en Amérique du Sud.

 

John TSONGO THAVUGHA GOMA-RDC

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À propos de l’auteur

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