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Monde: Le journalisme est-il un crime ?

Monde: Le journalisme est-il un crime ?

Partout dans le monde, vivre Journaliste est une question de vie ou de mort. Non seulement on est exposé à beaucoup de problèmes, mais aussi on est moins rémunéré ou presque pas. Pourtant, le rôle du journaliste n’est à mesurer. Mais quoiqu’il en coûte, les difficultés dans le monde du journalisme ne doivent pas nous déconcentrer de ce métier noble. Vérité, responsabilité et respect de l’éthique et la déontologie, doivent caractériser tout journaliste. Et dans un climat de guerre, le journaliste ne doit pas courir le risque de se victimiser. Il doit plutôt venter et travailler pour la résilience de son pays, sa région et sa communauté qu’il prétend servir.

578 cas de violations des droits des Journalistes ont déjà été notifiés depuis début 2023. Reporters sans frontières qui mentionne ce chiffre, spécifie que 7 Journalistes ont été tués depuis le 1er janvier 2023, 1 collaborateur des médias a aussi été tué au cours de la même échéance, 8 autres collaborateurs sont détenus à ce jour, 540 journalistes sont en détention de par le monde, alors que 22 collaborateurs des médias le sont également.

C’est un véritable recul en matière du respect des droits des journalistes, quand on sait que chaque jour, des efforts sont consentis pour créer un climat salubre d’exercice de métier du journalisme.

Des chiffres qui font peur…

106 cas en Chine, 80 en Birmanie, 79 en Syrie, 55 en Iran, 43 au Vietnam et 6 en RDC, ce tableau peu reluisant des cas de violations des droits des journalistes, est un miroir d’un délicat métier toujours forcé à disparaitre, quand bien même ceux qui l’exercent ne le font que par un sacrifice à la solde d’une vie misérablement menée au profit d’une communauté privée de ses droits par un petit groupe d’individus qui ne travaillent qu’à faire fleurir l’injustice sociale… Drôle !

Nord-Kivu, un autre ciel…

En guerre depuis plus de 30 ans maintenant, la partie Est de la RDC est l’une des régions où les journalistes payent le lourd tribut des colères qui, au quotidien s’abattent sur leurs têtes. Journaliste en danger, une Organisation non Gouvernementale qui travaille aux côtés des journalistes pour leur apporter assistance en cas de difficulté professionnelle, note que 68 Journalistes ont été contraints de fouir leurs milieux depuis Octobre 2022, suite à la guerre entre les forces armées de la RDC FARDC et le duel M23-RDF (mouvement du 23 mars et la Rwanda Défense forces) dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo.

Leur situation est d’autant plus particulière que nombreux parmi eux ont connu des cas de ciblage par les belligérants tout simplement parce qu’ils sont journalistes. << Ce fut un matin, lors deux hommes en tenue militaire venaient me chercher. Ils m’avaient dit que le commandant avait besoin de s’entretenir avec moi. Je leur avais dit que la personne qu’ils cherchaient était plutôt ma grande sœur et qu’elle était sortie pour un achat d’un article à la cité. C’est ainsi qu’ils m’avaient remis 3000 Shillings Ougandais, m’enjoignant de les remettre à ma grande sœur pour l’achat des unités en fin de joindre par ligne téléphonique le commandant…>>, témoigne Darlène, une journaliste déplacée pour qui son organe de presse “Umudiho FM”, est présenté par le M23 comme une caisse de résonance des éléments de la force Démocratique pour la libération du Rwanda FDLR, rébellion antagoniste à la RDF et présente dans l’Est de la RDC depuis les années 1994.

Journalisme : entre patriotisme et professionnalisme

Alors que les principes du métier de journaliste demandent que l’on soit neutre, les valeurs patriotiques demandent que l’on soit plutôt du côté de la défense de son pays. Et c’est même de là qu’est le concept “guerre médiatique” mise en contribution lors de différentes guerres mondiales, pour dissuader chacun ses adversaires. C’est un peu plus comme ce qui se fait aujourd’hui en France, où l’on voit les médias (France 24 et Radio France Internationale) soutenir clairement l’Ukraine au détriment de la Russie.

Et à ce niveau, le contexte d’exercice du métier du journalisme au Nord-Kivu devient plus délicat, qu’il est difficile d’opérer un choix qui enchante les deux cas illico.

Faut-il obéir à l’ordre des rebelles et trahir sa patrie ?
Faut-il obéir aux autorités du pays pour se faire tuer par les rebelles ?
Faut-il avoir un penchant au détriment du professionnalisme ?
Ou carrément abandonner le métier pour sacrifier la communauté ?…
Autant de questionnements qui rendent le journalisme en RDC un métier plus embarrassant, ennuyant, stressant, et perplexe, quand on sait qu’il est aussi peut rentable en termes de lucre. Pourtant, il est difficile à abandonner quand << on sent que c’est sa passion >>, comme allègue Emmanuel Jikaze, journaliste dans une radio communautaire en ville de Goma.

Mais que faire ?

<< Nous avons choisi la voie de la vérité. Et donc, nous devons continuer de nous battre pour sa plaine réalisation…>>, répondait Madame Rosalie ZAWADI MASIKA, Présidente de l’Union nationale de la presse du Congo section du Nord-Kivu (UNPC), dans son discours du 3 Mai 2023, à l’occasion de la célébration du 30ème anniversaire de la journée mondiale dédiée à la liberté de la presse.

Tout comme elle, la Cheffe du Bureau du Petit Nord au sein de la mission des nations unies pour la stabilisation de la RDC, MONUSCO madame Laila Bourhil, soutient que le journaliste doit << éviter d’être victime de la situation >>. Il doit plutôt être un acteur important dans le balisage et la fourniture d’une information << vérifiée, sûre, précise et fiable >>.

Car poursuit-elle, << l’information est un bien public. Elle peut aussi devenir un outil de guerre et/ou un outil de la cohésion sociale ou de déstabilisation et de destruction de celle-ci…>>. C’est là qu’elle interpelle les journalistes à se liguer pour la promotion de la vérité encore qu’en ces jours où << l’enjeu est de taille et c’est la vie de la province qui est en danger, la bataille pour la vérité devient un impératif pour tout journaliste !>> Conseille-t-elle.

Oui, parce que << dans ce contexte pigmenté de crise et à l’heure du numérique, l’environnement informationnel devient plus complexe et aussi très dangereux >>.

Oui encore, car << nous avons beaucoup d’acteurs qui se présentent comme des journalistes professionnels, des blogueurs, mais qui exploitent la technologie numérique et les médias sociaux, pour faire de l’information un art de manipulation de la vérité, qui sert à semer la confusion, inciter à la violence, ou décrédibiliser les acteurs des institutions…>>. Et à cet égard, << le journaliste doit garder à l’esprit que les informations non rigoureusement documentées sont non seulement un danger, mais aussi ça affecte la crédibilité du journaliste lui-même >>, voilà pourquoi tout journaliste digne doit beaucoup veuiller sur la responsabilité et la vérité car ce sont des qualités en tout cas cruciales pour tout journaliste, laisse encore entendre Laila.

Manipulation de la vérité, une réalité vécue…

Dans le livre blanc écrit et publié par le gouvernement Congolais en Décembre 2022, Kinshasa accuse par exemple Kigali d’avoir dépêché dans les territoires conquis par le M23 et particulièrement au village de Kishishe dans le Rutshuru, des journalistes et youtubeurs Rwandais, pour récolter des faux témoignages en fin de falcifier l’histoire et lever tout soupçon sur le Rwanda dans son implication dans les massacres de samedi 29 Novembre à Kishishe, drame qui avait arraché la vie à plus de 270 Congolais. Une vérité qui vient encore mettre en jeu la pertinente question d’éthique et de déontologie du journaliste d’un côté, et la vérité et la responsabilité du journaliste de l’autre, comme vient d’insister ci-dessus Madame Laila.

Canon contre tête… Mais sortir tête haute…

Il n’est surtout pas question de prendre avec moins de sérieux le contexte professionnel du journalisme en RDC. Il ne l’est en outre pas non plus, de se méfier des capacités du journaliste du Nord-Kivu et Congolais en général, à nager à contre-courant des flots et vagues d’une situation particulièrement différente de l’ordinaire. Loin de l’ordinaire car en 2022 par exemple, les journalistes Tchangamusa et Héritier Magayane ont été tués dans un contexte purement opaque. Et aujourd’hui, la presse du Nord-Kivu reste sans nouvelles de l’un de leurs, le Directeur de la radio Mikeno, porté disparu pour une destination et par des personnes non connues.

Mais en dépit d’un contexte aussi peu reluisant qu’incertain, le journaliste doit se ranger du côté de ceux qui gagnent et non des victimes, soutient Madame Rosalie ZAWADI. Parce qu’en tout état de cause, le journaliste, c’est aussi cet homme, cette femme qui joue le rôle de << réveiller le patriotisme dormant…>>. Et dans ce sens, il est hors des questions de le prendre pour un << ennemi de la République, plutôt un citoyen engagé pour la liberté…>>, Martelle encore une fois Rosalie ZAWADI.

Par ailleurs, il est aujourd’hui temps que << cesse la définition du Nord-Kivu par la violence. Plutôt comme un symbole de la résilience…>>, conseille le Ministre Congolais en charge de la communication et médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya lors de son briefing hebdomadaire organisé à Goma Lundi 17 Avril, au lendemain du passage à Goma du président Suisse Alain Berset, à l’issu de sa mission dans cette partie du pays.

Et pour y arriver, les journalistes ont un << rôle à jouer, car ils doivent vendre l’image d’un Congo qui gagne>>, l’émergence d’un peuple résiliant. Et c’est d’ailleurs l’un des secteurs qu’abordent les Journalistes Fidèle Kitsa et Albert Isse dans “Congo sauti”, un média en ligne qui promeut l’entrepreneuriat et qui met à la merci du public, les œuvres d’un peuple dynamique, économe et visionnaire.

C’est tout aussi ce que promeuvent les Journaux panaradio.org et naturelcd.net ou encore la radio Elle FM (basée à Goma) qui présente la femme dans son côté des atouts et Bora FM (basée à Goma également), avec un accent particulier mis sur l’éducation sanitaire ou encore la radio Tayna qui promeut aux côtés de naturelcd.net et naturel TV, l’éducation environnementale.

Et c’est bien cette attitude résiliente du Journaliste du Nord-Kivu qui a hepaté le vice-gouverneur du Nord-Kivu, le commissaire divisionnaire Ekuka Lipopo Jean-Rumuald. Lui est à cet effet d’avis que le grand et vrai bonheur pour le journaliste aujourd’hui, << n’est pas seulement l’argent. Mais son bonheur c’est être lui-même, être utile à la société, à la population qu’il sert…>>.

Le journaliste, historien du présent, architecte du futur, panseur des plaies du passé et du présent, mérite mieux qu’une mort. Il est temps que sa vie soit placée au centre des préoccupations mondiales.

John TSONGO

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